Emmanuel Macron : La Promesse Secrète faite aux Armées
Au cœur du pouvoir, entre les murs feutrés de l’Élysée et les quartiers généraux austères de Balard, un pacte non écrit semble avoir été scellé. Une promesse. Pas celle d’une simple augmentation de budget, mais un engagement profond, quasi sacré, entre un Président, Emmanuel Macron, et ses armées. Cette “promesse secrète” n’est pas consignée sur un parchemin, mais elle se lit en filigrane dans chaque décision stratégique, chaque euro alloué et chaque discours prononcé depuis 2017. Face à un monde en plein bouleversement, marqué par le retour de la guerre de haute intensité en Europe, cette promesse est devenue la pierre angulaire de la vision macronienne pour la France : une puissance d’équilibre, souveraine et respectée, dont le bras armé est le garant ultime.
Mais quelle est la nature exacte de cet engagement ? S’agit-il d’une simple transaction politique ou d’une véritable refondation de la relation entre le pouvoir civil et l’institution militaire ? Pour le comprendre, il faut remonter aux origines de la relation tumultueuse entre le jeune président et ses généraux, analyser la spectaculaire remontée en puissance budgétaire et décrypter les ambitions stratégiques qui la sous-tendent. Cet article se propose de lever le voile sur cette promesse qui façonne aujourd’hui le destin des armées françaises et, avec lui, celui de la nation.

Les Fondations du Pacte : La Crise de 2017 et la Refondation de l’Autorité
Pour saisir la portée de la promesse actuelle, il est essentiel de revenir à son acte fondateur : une crise. En juillet 2017, quelques semaines seulement après son élection, Emmanuel Macron entre en collision frontale avec le Chef d’État-Major des Armées (CEMA), le général Pierre de Villiers.
“Je suis votre chef” : L’Épreuve de Force
Le décor est planté lors d’une audition à huis clos à l’Assemblée Nationale. Le général de Villiers, militaire respecté et apprécié des troupes, exprime sans détour son désarroi face à une coupe budgétaire de 850 millions d’euros imposée à la Défense en cours d’année. Ses mots, vifs et imagés – “Je ne me laisserai pas baiser comme ça” – fuitent dans la presse. La réponse du Président est cinglante et publique. Lors de la traditionnelle réception précédant le défilé du 14 juillet, devant un parterre de chefs militaires, Emmanuel Macron assène : “Je suis votre chef”.
La phrase est un coup de tonnerre. Elle rappelle brutalement la primauté du pouvoir politique sur le militaire, un principe fondamental de la Cinquième République. La situation devient intenable pour le général de Villiers, qui présente sa démission quelques jours plus tard, une première sous ce régime. Cet épisode, perçu par beaucoup comme une humiliation pour l’institution militaire, est en réalité le point de départ du nouveau pacte. En affirmant son autorité de manière aussi spectaculaire, Emmanuel Macron a clarifié les règles du jeu. Il a signifié qu’il serait le seul maître à bord en matière de Défense, mais aussi, paradoxalement, qu’il prenait la mesure de l’enjeu.
De la Crise à la Confiance : Une Reconstruction Patiente
La crise aurait pu laisser des cicatrices profondes. Mais le Président a rapidement posé les jalons d’une réconciliation. Le remplacement du général de Villiers par le général François Lecointre, un héros de la guerre de Bosnie, est un signal fort. Lecointre est un homme du terrain, un intellectuel respecté, qui saura faire le lien entre les deux mondes.
Plus important encore, le Président comprend que l’autorité ne suffit pas. Elle doit s’accompagner de preuves. La promesse commence à prendre forme : il ne demandera plus jamais aux armées de faire plus avec moins. Il s’engage à inverser la tendance de décennies de sous-investissement qui avaient laissé les forces françaises dans un état de “clochardisation”, pour reprendre un terme souvent utilisé en interne. La crise de 2017 n’était pas la fin d’une histoire, mais le prologue nécessaire à une ambition bien plus grande.
Le Cœur de la Promesse : Une Remontée en Puissance Budgétaire sans Précédent
Les paroles, même présidentielles, ne pèsent rien sans le poids des milliards. Le véritable cœur de la promesse de Macron aux armées est financier. Il se matérialise à travers deux Lois de Programmation Militaire (LPM) consécutives, dont l’ampleur est historique.

La LPM 2019-2025 : L’Ère de la “Réparation”
Dès 2018, le gouvernement met sur les rails la première Loi de Programmation Militaire de l’ère Macron. Dotée de 295 milliards d’euros sur la période 2019-2025, elle est qualifiée de LPM de “réparation”. L’objectif est clair : stopper l’hémorragie capacitaires et moderniser un matériel vieillissant.
Les priorités sont multiples :
- Renouveler les équipements majeurs : accélération des livraisons de blindés du programme Scorpion (Griffon, Jaguar), commande de frégates, de pétroliers ravitailleurs et d’avions Rafale.
- Améliorer le quotidien du soldat : un effort particulier est mis sur les “petits équipements” (treillis, gilets pare-balles, casques) et sur la maintenance du matériel, pour que les forces puissent s’entraîner dans des conditions décentes.
- Investir dans les nouveaux champs de conflictualité : une hausse significative des crédits est allouée au renseignement, au cyberespace (avec la création du COMCYBER) et à l’espace.
Cette première LPM a tenu ses promesses financières. Chaque année, la marche budgétaire a été respectée, restaurant une confiance durable entre le ministère des Armées et Bercy, et surtout, envoyant un signal clair aux troupes : le temps des vaches maigres était révolu.
La LPM 2024-2030 : Le Virage vers “l’Économie de Guerre”
Alors que la première LPM était encore en cours, un événement a tout changé : l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Le retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen a agi comme un électrochoc. La “réparation” ne suffisait plus, il fallait passer à une transformation profonde du modèle d’armée.
C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Macron a prononcé un discours fondateur au salon Eurosatory en juin 2022, déclarant que la France était entrée dans une “économie de guerre”. Cette nouvelle doctrine a servi de base à la seconde LPM, pour la période 2024-2030. Le chiffre est vertigineux : 413 milliards d’euros. Il s’agit du plus grand effort de défense de la France depuis plus de cinquante ans.
Les nouvelles priorités sont révélatrices de la nature de la promesse :
- Reconstituer les stocks : la guerre en Ukraine a montré la consommation effrénée de munitions. La LPM vise à reconstituer massivement les stocks d’obus, de missiles et de roquettes.
- Maîtriser les fonds marins et l’espace : ces nouveaux domaines de confrontation font l’objet d’investissements massifs pour garantir la sécurité des câbles sous-marins et des satellites.
- Accélérer sur les drones et la défense sol-air : les leçons du conflit ukrainien sont tirées, avec un accent mis sur la lutte anti-drone et le renforcement des défenses aériennes.
- Soutenir l’innovation : une part importante du budget est dédiée à l’intelligence artificielle, à l’informatique quantique et aux technologies de rupture pour préparer la guerre de demain.
Cette LPM, portée par le ministre des Armées Sébastien Lecornu, n’est plus seulement une question de budget, mais un projet de transformation industrielle. Il s’agit de pousser la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) française à produire plus vite, en plus grande quantité, et à innover en permanence. C’est la clause la plus exigeante de la promesse de Macron.
Les Dimensions Stratégiques de la Promesse
L’effort budgétaire colossal ne serait qu’une coque vide sans une vision stratégique claire. La promesse faite aux armées est aussi celle de leur donner un rôle central dans la politique étrangère et de puissance de la France.
La Dissuasion Nucléaire : Pilier Intouchable et Modernisé
Au sommet de la pyramide stratégique française se trouve la dissuasion nucléaire. Pour Emmanuel Macron, elle est l’assurance-vie de la nation, le garant ultime de sa souveraineté et de ses intérêts vitaux. Il l’a réaffirmé à de multiples reprises, notamment dans son grand discours à l’École de Guerre en 2020.
La promesse ici est double :
- Un engagement sans faille : Jamais le Président n’a laissé planer le moindre doute sur la crédibilité et la nécessité de la dissuasion. Face aux menaces russes, il a maintenu une posture de fermeté sereine.
- Une modernisation continue : Les budgets colossaux de la LPM assurent le renouvellement des deux composantes. Côté océanique, avec le programme de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) de troisième génération. Côté aéroporté, avec le développement du missile ASN4G qui équipera le futur avion de combat (SCAF).
En proposant d’ouvrir un “dialogue stratégique” sur le rôle de la dissuasion française pour la sécurité de l’Europe, Macron cherche également à en faire un levier d’influence politique majeur sur le continent.
L’Europe de la Défense : Un Levier d’Influence… et de Controverse
Depuis son discours de la Sorbonne en 2017, l’un des grands projets d’Emmanuel Macron est de construire une “autonomie stratégique européenne”. L’idée n’est pas de se substituer à l’OTAN, mais de permettre aux Européens d’agir de manière autonome lorsque c’est nécessaire, notamment dans leur voisinage immédiat.
Pour les armées françaises, cette vision est une promesse de leadership. En tant que seule puissance nucléaire et seule armée véritablement expéditionnaire de l’UE (post-Brexit), la France a vocation à être le moteur de cette Europe de la Défense. Des initiatives comme l’Initiative Européenne d’Intervention (IEI), qui rassemble des pays militairement capables et volontaires, en sont la preuve.
Cependant, cette ambition se heurte à des obstacles. Les réticences de certains partenaires, comme l’Allemagne, plus attachée au parapluie américain, et les débats sur les projets industriels communs (SCAF, MGCS) montrent que la voie est étroite. La promesse d’une France leader d’une Europe puissante est encore un horizon à atteindre.
Le Redéploiement Africain : La Fin d’une Ère, le Début d’une Nouvelle Approche
La promesse d’adapter l’outil militaire aux réalités du terrain est peut-être la plus difficile à tenir. La fin de l’opération Barkhane au Sahel et les retraits forcés du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont marqué la fin d’un modèle d’intervention. Face à une hostilité croissante et à la propagation de la désinformation russe, le maintien de milliers de soldats n’était plus tenable.
Emmanuel Macron a assumé ce tournant stratégique majeur. Il ne s’agit pas d’un abandon de l’Afrique, mais d’une refonte complète de la présence française. Le nouveau modèle privilégie :
- Des partenariats de “co-construction” avec les armées africaines volontaires.
- Des bases militaires plus discrètes et réduites.
- Un accent mis sur la formation, le renseignement et les opérations de forces spéciales.
Cette adaptation est une clause essentielle de la promesse : donner aux armées les moyens d’agir différemment, de manière plus agile et plus efficace, en sortant d’une posture jugée par certains comme néo-coloniale.
Les Clauses Non-Écrites et les Défis à Venir
Au-delà des budgets et des stratégies, la promesse secrète comporte des dimensions plus immatérielles mais tout aussi cruciales, ainsi que des défis qui mettront sa solidité à l’épreuve.
Le Lien Armées-Nation : Un Contrat Moral à Renforcer
Une armée puissante ne peut durer sans le soutien de sa population. Emmanuel Macron a bien compris la nécessité de renforcer le lien Armées-Nation. Le rétablissement du service militaire n’étant pas envisageable, il a porté le projet du Service National Universel (SNU), qui vise à inculquer un esprit de cohésion et de défense aux jeunes générations. Par ailleurs, un effort constant est mené pour valoriser la réserve opérationnelle, maillon essentiel entre le monde civil et le monde militaire. Cette dimension morale de la promesse vise à garantir que l’effort de défense massif soit compris et soutenu par l’ensemble des Français.
Les Vraies Limites : Capacités Industrielles et Recrutement
La plus grande promesse peut se heurter au mur des réalités. Deux défis majeurs menacent la pleine réalisation du pacte Macron-Armées. Le premier est industriel. L’ “économie de guerre” est un slogan puissant, mais sa mise en œuvre est complexe. L’industrie de défense française, habituée à produire des équipements de haute technologie en petites séries pour l’export, peut-elle réellement changer de braquet pour produire en masse et rapidement ? Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et les délais de production sont des obstacles concrets.
Le second défi est humain. C’est peut-être le plus critique. À quoi bon avoir des milliards d’euros et des équipements dernier cri si personne n’est là pour les servir ? Les armées françaises, comme beaucoup d’armées occidentales, font face à d’immenses difficultés de recrutement et de fidélisation. Concurrence du secteur privé, quête de sens des jeunes générations, dureté du métier militaire… Les raisons sont multiples. Sans un sursaut en matière de ressources humaines, la belle mécanique budgétaire et stratégique pourrait gripper.
Conclusion : Un Héritage en Construction

La “promesse secrète” d’Emmanuel Macron aux armées n’a donc rien d’occulte. C’est un projet politique total, cohérent et assumé, qui s’est dévoilé par étapes depuis 2017. Parti d’une crise d’autorité, il s’est construit sur un réarmement budgétaire historique, une vision stratégique claire axée sur la souveraineté, et une volonté d’adapter l’outil militaire aux menaces du XXIe siècle.
Ce pacte a redonné aux armées des moyens qu’elles n’osaient plus espérer et une place centrale dans le dispositif de puissance de la France. En retour, elles sont devenues le fer de lance de l’ambition présidentielle.
Cependant, les défis restent immenses. La réussite de cette transformation dépendra de la capacité de l’industrie à suivre la cadence et, surtout, de la capacité de la nation à fournir les hommes et les femmes nécessaires à sa défense. L’héritage d’Emmanuel Macron en matière de défense est encore en construction. Mais une chose est certaine : il aura profondément et durablement modifié le visage des armées françaises, les préparant à un siècle qui s’annonce déjà comme l’un des plus périlleux de leur histoire. La promesse a été faite. L’heure est désormais à sa pleine exécution.

