Dans le panthéon des légendes de la musique, peu de noms résonnent avec autant de familiarité et d’affection que celui de Phil Collins. Batteur prodigieux, chanteur à la voix unique et auteur-compositeur de génie, il a marqué de son empreinte indélébile les années 80 et 90, que ce soit en tant que leader du groupe Genesis ou à travers une carrière solo couronnée de succès. Ses mélodies ont été la bande-son de millions de vies, ses concerts des événements planétaires. Mais derrière l’image du showman infatigable et du musicien accompli se cache une réalité plus sombre, une lutte de longue haleine contre la douleur physique et le déclin, une vérité souvent simplifiée ou sensationalisée par les médias.
Cet article plonge au cœur du combat de Phil Collins, non pas pour s’apitoyer sur son sort, mais pour rendre hommage à sa résilience et rétablir une vérité plus nuancée et profondément humaine. Quelle est la nature exacte de ses problèmes de santé ? Comment un des batteurs les plus dynamiques de l’histoire du rock a-t-il pu se retrouver contraint de chanter assis ? Et quelle est cette vérité poignante que beaucoup ignorent sur l’homme derrière les tubes planétaires ? Loin des gros titres, nous allons explorer le parcours d’un artiste qui, malgré un corps qui le trahit, n’a jamais laissé sa passion pour la musique s’éteindre.

Les Premières Dissonances : L’Aube d’un Mal Silencieux
Pour comprendre l’origine des maux de Phil Collins, il faut remonter à la source même de son art : la batterie. Dès son plus jeune âge, Collins s’est imposé comme un batteur au style unique, un mélange de puissance, de technicité et d’une inventivité rythmique hors du commun. Assis derrière son kit, souvent positionné de manière peu orthodoxe, il a passé des décennies à marteler les fûts avec une énergie féroce. Ce style, qui a défini le son de Genesis et de sa carrière solo, a été à la fois sa plus grande force et, rétrospectivement, la source de sa plus grande faiblesse.
Pendant des années, le corps de Phil Collins a encaissé les chocs. Les tournées mondiales éreintantes, les heures passées en studio, la posture exigeante requise par son instrument… tout cela a lentement mais sûrement usé sa colonne vertébrale. Comme il l’a lui-même expliqué dans son autobiographie, “Not Dead Yet”, la position qu’il adoptait pour jouer, légèrement voûtée, a exercé une pression considérable sur ses vertèbres cervicales. C’était une bombe à retardement, et personne, pas même lui, n’imaginait alors les conséquences dévastatrices que cela aurait des décennies plus tard.
Le point de bascule semble avoir été la tournée de réunion de Genesis en 2007, “Turn It On Again: The Tour”. À près de 60 ans, Collins a de nouveau donné toute son énergie sur scène, soir après soir. C’est peu après cette tournée que les premiers symptômes graves sont apparus. Une douleur insidieuse, puis une perte de sensibilité dans les doigts. Le verdict médical fut un choc : une vertèbre disloquée dans le haut du cou avait causé des lésions nerveuses importantes dans ses mains. Pour un musicien dont les mains sont les outils de travail, c’était une nouvelle dévastatrice.
La Descente Médicale : Un Diagnostic Lourd de Conséquences
Le premier diagnostic a marqué le début d’une longue et douloureuse série d’épreuves médicales. La lésion nerveuse, ou neuropathie périphérique, signifiait qu’il ne pouvait plus sentir ses doigts correctement, rendant la simple tâche de tenir des baguettes de batterie non seulement difficile, mais impossible.
Dans une interview accordée au magazine Rolling Stone, il décrivait cette sensation avec une franchise désarmante : « C’est comme si vous portiez des gants en permanence ». Pour un batteur de sa trempe, cette perte de connexion tactile avec son instrument était une amputation artistique.
Les médecins ont rapidement identifié la cause : une sténose spinale, un rétrécissement du canal rachidien qui comprime la moelle épinière et les nerfs. Cette condition, aggravée par des années de mauvaise posture et de stress physique, était la racine de ses souffrances. La première intervention chirurgicale au niveau du cou en 2009 visait à soulager cette pression. Si l’opération a permis d’éviter une aggravation, elle n’a pas restauré la sensibilité perdue. Phil Collins a dû faire face à une réalité brutale : il ne pourrait probablement plus jamais jouer de la batterie comme avant.
Mais le calvaire ne s’arrêtait pas là. Les problèmes se sont déplacés plus bas dans son dos. En 2015, une nouvelle opération majeure du dos a été nécessaire. Cette intervention, bien que réussie sur le plan chirurgical, a entraîné une complication inattendue et handicapante : un “pied tombant” (ou “drop foot”). Cette condition neurologique l’empêche de relever correctement son pied, affectant sa démarche et son équilibre. C’est la raison pour laquelle on le voit depuis plusieurs années marcher avec une canne et, plus récemment, se déplacer en fauteuil roulant pour les longues distances.
À ces problèmes orthopédiques et neurologiques se sont ajoutés d’autres combats. Collins a lutté contre une pancréatite aiguë, une inflammation soudaine et douloureuse du pancréas, qui a nécessité une hospitalisation. Il a également été diagnostiqué avec un diabète de type 2, une maladie qui demande une gestion quotidienne et rigoureuse.
Sous le Scalpel : Un Combat Médical Acharné
Le parcours médical de Phil Collins est un véritable marathon chirurgical. On estime qu’il a subi près d’une dizaine d’opérations au total, principalement sur sa colonne vertébrale.
- 2009 : Première chirurgie cervicale. L’objectif était de décompresser les nerfs affectant ses mains. Le résultat a été mitigé, la douleur a diminué mais la sensibilité n’est jamais revenue.
- 2015 : Chirurgie majeure du dos. C’est l’opération qui a laissé des séquelles durables, notamment le pied tombant. Il a décrit le processus de récupération comme long et frustrant.
- Chirurgies de suivi : D’autres interventions ont été nécessaires pour stabiliser sa colonne vertébrale et tenter de gérer la douleur chronique.
Chaque opération représentait un espoir, mais aussi un risque et une période de convalescence éprouvante. C’est un aspect que les médias ont souvent survolé, préférant se concentrer sur l’image d’un homme “fragile” ou “diminué”. La vérité est celle d’un combattant qui s’est soumis à des procédures médicales lourdes dans l’espoir de retrouver une once de normalité et, peut-être, de pouvoir un jour refrapper un fût de batterie.
Cette lutte a eu un coût physique immense. La douleur est devenue une compagne de tous les instants. Dans une interview à la BBC Breakfast en 2021, il confiait avec une honnêteté poignante être “à peine capable de tenir une baguette” avec une de ses mains, confirmant que ses jours de batteur étaient bel et bien terminés.

La “Vérité Cachée” par les Médias : Démystifier l’Image d’un Homme Brisé
C’est ici que réside le cœur du sujet. Face à ces épreuves, l’image publique de Phil Collins a radicalement changé. Les tabloïds et certains médias, avides de titres chocs, ont souvent dépeint un portrait tragique, se focalisant sur sa fragilité apparente. Les photos de lui marchant avec une canne ou chantant assis ont été utilisées pour illustrer une narrative de déchéance. Mais c’est une lecture superficielle et injuste de la situation.
La vérité, c’est que l’utilisation d’une canne ou le fait de chanter assis ne sont pas des signes de faiblesse, mais des preuves de sa force et de sa détermination. Ce sont des adaptations. Des stratégies pour continuer à faire ce qu’il aime malgré un handicap physique réel. Là où certains voient un homme qui abandonne, la réalité est celle d’un homme qui refuse d’abandonner. Il aurait pu, et beaucoup l’auraient compris, se retirer de la vie publique après son premier diagnostic. Profiter d’une retraite bien méritée, loin des projecteurs et de la douleur.
Mais il a fait le choix inverse. Le choix de la scène.
Un autre aspect souvent mal interprété ou sensationalisé est sa lutte contre l’alcoolisme. Dans son autobiographie, Collins a parlé avec une franchise remarquable de sa descente aux enfers après sa troisième rupture et sa retraite forcée. Le vide laissé par l’arrêt de la musique, combiné à la douleur physique et émotionnelle, l’a conduit à boire dangereusement. Cependant, les médias ont parfois présenté cette période comme une faiblesse de caractère, déconnectée de son contexte médical. La vérité est que son alcoolisme était, en grande partie, un symptôme de sa souffrance, une tentative maladroite d’anesthésier une douleur physique et psychologique insupportable. Le fait qu’il ait réussi à surmonter cette addiction est une autre preuve de son incroyable force de caractère.
Plus que des Blessures Physiques : L’Impact Psychologique d’un Artiste Muselé
On ne peut évoquer la santé de Phil Collins sans parler de l’impact psychologique dévastateur de sa condition. Imaginez être l’un des musiciens les plus respectés au monde, défini par votre virtuosité, et vous voir privé de votre principal moyen d’expression. La frustration, le sentiment d’impuissance, la dépression… ce sont des batailles invisibles mais tout aussi réelles.
Dans “Not Dead Yet”, il admet avoir eu des pensées suicidaires durant ses périodes les plus sombres. La perte de son identité de batteur a été un deuil profond. La musique était toute sa vie, et soudain, son corps l’empêchait de la vivre pleinement. Cette angoisse a été exacerbée par la douleur chronique, qui est connue pour avoir des effets profonds sur la santé mentale.
Pourtant, même au plus profond de ce désespoir, il a trouvé une nouvelle voie. Il s’est concentré sur l’écriture, sur le chant, et sur ses enfants. Sa relation avec son fils Nicholas Collins est particulièrement touchante. Voir Nic, un batteur talentueux à part entière, reprendre le flambeau derrière les fûts pour les tournées de son père a été une source immense de fierté et de réconfort. C’était une façon de transmettre son héritage, de voir son art vivre à travers la génération suivante.
“Not Dead Yet” : La Tournée de la Résilience Ultime
Le titre de sa dernière tournée solo, “Not Dead Yet Tour” (La tournée “Pas Encore Mort”), était un pied de nez magistral à tous ceux qui l’avaient enterré trop vite. Lancée en 2017, cette série de concerts était la déclaration la plus puissante de sa résilience.
Sur scène, le public découvrait un homme physiquement diminué, certes, mais dont l’esprit et la voix restaient intacts. Assis au centre de la scène sur un fauteuil, il n’avait rien perdu de son charisme, de son humour et, surtout, de sa capacité à émouvoir. Sa voix, peut-être un peu plus grave, portait le poids de ses épreuves, ajoutant une nouvelle couche de profondeur et d’authenticité à ses chansons intemporelles comme “In the Air Tonight” ou “Against All Odds”.
Cette tournée, suivie par la réunion finale de Genesis, “The Last Domino? Tour” en 2021 et 2022, était son chant du cygne. Chaque soir, il livrait une performance courageuse. Lors du tout dernier concert de Genesis à Londres en mars 2022, l’émotion était palpable. En plaisantant sur le fait qu’il devait maintenant trouver un vrai travail, il a dit au revoir à la scène avec une grâce et une dignité qui ont forcé le respect. Il n’était pas l’ombre de lui-même ; il était une version différente, plus vulnérable mais tout aussi puissante, de la légende qu’il a toujours été.
L’Héritage d’un Combattant : Au-delà de la Musique

Aujourd’hui, Phil Collins vit une retraite discrète, loin de l’agitation des tournées. Son combat pour sa santé continue, mais son héritage est plus solide que jamais. Cet héritage ne se résume pas à ses 150 millions d’albums vendus, à ses Oscars, ses Grammys ou ses Golden Globes.
Son véritable héritage, celui que les médias ont souvent occulté, est une leçon de courage humain. C’est l’histoire d’un homme qui a fait face à une douleur inimaginable et à la perte de ce qui le définissait, et qui a refusé de se laisser abattre. Il a montré qu’il était possible de s’adapter, de trouver de nouvelles façons de s’exprimer et de partager son art. Il a transformé sa vulnérabilité en une nouvelle forme de force.
La vérité poignante sur la santé de Phil Collins n’est pas une histoire de tragédie, mais une histoire de triomphe. Le triomphe de l’esprit sur le corps, de la passion sur la douleur, et de l’artiste sur l’adversité. En se montrant tel qu’il est – assis, appuyé sur sa canne, mais le regard toujours pétillant et la voix toujours juste – Phil Collins a offert à son public son cadeau le plus précieux : une performance d’une authenticité et d’une humanité rares, nous rappelant que même lorsque le rythme s’arrête, la mélodie peut continuer à jouer. Et la sienne résonnera pour l’éternité.

